Bibouille

Décalage

Publié le 27/04/2026 | Le Billet de Valérie Dietrich

Dans son édito, Lucie écrit : « Quand on s’éloigne de notre nombril, il y a encore plein de choses surprenantes et belles qui peuvent nous tomber sur le coin de la tête. » Moi, je crois que je me suis éloignée du mien le jour où ma fille est née. J’ai alors commencé à comprendre (et vivre) que je ne serais plus jamais au centre de ma propre vie.

Ce n’est pas très original de le dire (je sais) mais tout à ce moment-là tout a vraiment changé de camp : les joies, les peurs, la façon dont je regardais le présent et la manière dont j’imaginais l’avenir. Même le passé s’est remis à peser autrement avec ses sacs de sable qu’on traîne sans toujours s’en rendre compte.

À sa naissance je me souviens m’être fait une promesse très simple et très naïve : je ferai tout pour ne pas la charger de mes angoisses, de mes casseroles, de mes insécurités. Pourtant la vie (sans prévenir) a commencé à nous ballotter.
Il y a eu la séparation précoce avec son père (elle avait dix-huit mois), la précarité financière : seule, à mon compte avec seulement quelques heures de prise en charge par la crèche chaque semaine et un cerveau malmené par le manque de sommeil et les inquiétudes ce qui est particulièrement délicat quand son travail consiste à mettre de la clarté dans les mots.

Puis elle a entamé sa scolarité et la houle est venue de l’institution, des cases à cocher, des conclusions rapides et de cette étiquette d’“inadaptée ”qui suivait ma fille comme un nuage noir lorsque n’arrivait pas à jouer suffisamment collectif.
Là encore, elle et moi avons résisté à la pression avec doute et fermeté mais souvent en se sentant trop seules face à des phrases qui blessent.

Tout, à chaque étape, m’a fait me questionner, douter, parfois pleurer. Je suis tombée malade de me sentir seule contre tous (avec heureusement ma famille comme point d’appui indéfectible). J’ai été hospitalisée deux semaines. Il m’a fallu lâcher prise : pas “baisser les bras » mais apprendre doucement à me recentrer (un peu) sur moi. À m’écouter.

Ensuite il y a eu d’autres vagues : des faits de harcèlement au collège, le confinement que nous avons traversé sans un sou et avec beaucoup de conflits et aujourd’hui ma fille passe le bac. Elle est devenue une jeune fille épanouie, intelligente, indépendante.

L’autre jour, je lui disais que la regarder s’épanouir adoucit ces épreuves traversées ensemble, ces années où je me suis oubliée pour me battre à ses côtés.
Que voir cette jolie jeune fille qui s’apprête à quitter le nid une fois le bac en poche, me remplit de joie et me permet de dire que, malgré les trous d’air quelque chose a tenu.

 

Partager cet article  

Mais encore

SUR LA ROUTE

Aussi loin que je me souvienne, mes moments d’intenses ressentis de liberté sont souvent associés aux voyages. Et par voyage…

SUR LA ROUTE

À MES TANTES,

Quand au moment de la préparation de ce numéro Lucie nous a invités à nous questionner sur l’hospitalité, j’ai immédiatement…

À MES TANTES,