Mondes parallèles
Publié le 22/10/2026 | Le Billet de Valérie Dietrich
L’été dernier nous avons passé une semaine à Amsterdam. Ma fille voulait sillonner la ville et moi j’y dépérissais.
Elle adore ça, les grandes villes. Leurs artères, leur énergie, leur densité. Moi j’ai l’appel de la nature. Probablement une question d’âge, ou de sensibilité. Je n’ai pas tranché.
Le troisième matin j’étais tendue, j’avais besoin de nature. J’ai regardé où se trouvait la côte la plus proche : une heure de train. Allez, on fonce !
Ciel gris, un kway chacune, des rouleaux impressionnants et une plage quasi déserte. Ma fille a couru après d’énormes mouettes en riant comme une gamine. Moi je me suis assise en tailleur face à la mer et j’ai observé. Longtemps.
La sauvagerie de cette mer du Nord a tout de suite appelé des images : des drakkars, des Vikings, des horizons jamais tout à fait fermés. Mon esprit s’est mis à voyager naturellement. En quelques heures j’étais rechargée, prête à repartir à la conquête d’Amsterdam.
C’est ça, ma magie à moi.
Ces mondes cohabitent toujours dans ma tête : le quotidien et l’épique, le réel et l’imaginaire, la mer du Nord et les flottes nordiques. Ils ne se contredisent pas. Ils se nourrissent.
Et je crois que c’est précisément ça qui me maintient en mouvement. Ce que certains appellent rester jeune, moi j’appelle ça rester curieuse, poreuse, sensible, ouverte à ce qui déborde du visible.
Parce que l’imaginaire ce n’est pas une fuite. C’est une ressource. Il vient alimenter la créativité, et la créativité permet de résoudre des choses très concrètes : trouver une solution inattendue, enchanter un quotidien qui s’emballe, voir autrement ce qui semblait bloqué.
Il nourrit l’espoir aussi. Et l’espoir sans imaginaire, ça tourne vite à vide.
Et puis (peut-être surtout) l’imaginaire est une condition nécessaire pour inventer de nouvelles façons d’être ensemble, de faire collectif, de s’imaginer des mondes meilleurs.
Ce besoin est vieux comme le monde. Les mythologies, les créatures fantastiques, la féerie sont autant de façons qu’a trouvées l’humain pour apprivoiser un monde qu’il ne comprenait pas. Pour donner un visage aux phénomènes qui parfois nous dépassent.
Alors parfois je me demande : et si tout ça ne sortait pas uniquement de notre imagination ? Et si c’était juste une autre façon de percevoir ce qui existe, ailleurs, autrement ?
La mer du Nord ne m’a pas répondu.
Mais elle m’a inspiré.
Mais encore
Quand au moment de la préparation de ce numéro Lucie nous a invités à nous questionner sur l’hospitalité, j’ai immédiatement…
À MES TANTES,
Décalage
Aussi loin que je me souvienne, mes moments d’intenses ressentis de liberté sont souvent associés aux voyages. Et par voyage…


