Bibouille

JE TE PROMETS LA LUNE

Publié le 10/01/2023 | L'édito

Durant le long hiver alsacien, nous passons le plus clair de notre temps dans la nuit. Complice de ces heures obscures, la lune nous rappelle que d’aussi loin que remonte notre mémoire, elle est intacte dans le ciel. Objet de contemplation insomniaque ou gardienne de notre sommeil, elle accompagne l’épanouissement de nos songes nocturnes, tapisse notre imaginaire et féconde des rêves éveillés.

La lumière de la lune ne permet pas de voir mais plutôt de deviner, de soupçonner. Elle est l’alliée naturelle des chimères, elle main- tient nos yeux entrouverts et libère, en leur donnant forme, nos angoisses partagées. Bâtisseuse de mythes, rassurante et inquiétante, elle change de forme, de couleurs, nous dessine le temps qui passe, fait gonfler les océans et pousser les plantes, s’associe aux cycles menstruels et à la fertilité, sans jamais nous dévoiler sa face cachée.

Décrocher la lune, c’est obtenir l’impensable. Hurler à la lune, c’est crier en vain. Demander la lune, c’est demander l’inaccessible. Entre utopies vivantes, appels primitifs et désirs impossibles, nos expressions autour de la lune racontent notre relation à l’astre-satellite.

Elle traverse ainsi nos recherches scientifiques et poétiques : de Virgile à Pierre Bottero en passant par Edgar Allan Poe, et même après que l’humanité l’aie foulée au pied, la lune reste le symbole vivant car toujours recommencé, de notre capacité à vouloir.

Si l’on ne saura jamais décrocher la lune, l’écrit qui le permet suffit à nous donner à voir la lune pour ce qu’elle est : un objet qui une fois atteint, nous échappe encore. Et promettre la lune est peut-être un objectif raisonnable pour l’écrivain : à tout le moins, ne jamais y renoncer. Sans illusion, dans la pleine conscience du tragique qui guette toujours le voyageur intersidéral, promettre une nouvelle histoire qu’on raconte pour se prouver qu’on peut changer la nôtre. Situées au point de jonction de la fiction et de l’utopie, les rêveries lunaires racontent notre désir d’inventer des mondes et de réinventer le nôtre. Le rayon de lune féconde assidûment nos désirs de liberté. Peut-être que cette lune qui ne nous tourne jamais le dos ferait une boussole bien indiquée pour nos futurs désirables.

Lucie Olivier

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