Bibouille

La 1000ème dimension

Publié le 27/04/2026 | L'édito

On assume pas souvent d’aller regarder la fin du livre qu’on est en train de lire. On le fait en vérifiant que personne ne nous voit, un p’tit coup d’œil ni vu ni connu, « ah, c’est bon, mon personnage préféré n’est pas mort »… Et là, est-ce qu’on lit quand même le reste du bouquin ou est-ce que tout est foutu ?
Corinne Morel-Darleux, autrice déjà citée dans Bibouille, a son avis : « Connaître la fin de l’histoire ne doit pas en amoindrir l’intérêt – celui d’explorer d’autres perspectives, de convoquer différentes formes d’être, de déchirer la trame trop serrée du monde, d’en montrer les fêlures comme les coutures, et ainsi d’accorder plusieurs dimensions à la réalité ». 

C’est vrai. On a besoin de s’évader, d’espaces où on peut se retirer, rêver plus loin, on a aussi besoin d’inconnu, d’être surpris – ou plutôt, de se laisser surprendre. On en parlait déjà ici : pas forcément besoin de se déplacer pour changer de perspective. Le géographe Elisée Reclus nous rappelle par exemple que lorsqu’on regarde un ruisseau, on ne pense pas aux milliers de gouttes qui le composent : « [Ces gouttelettes…] ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; […] la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène […]. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ; elle aussi est un monde comme les astres énormes qui roulent dans les cieux, et son orbite se développe de cycle en cycle par un mouvement sans repos. »

« Du fond de l’océan, les montagnes sont plus grandes », et si l’on considère que le plus haut sommet du monde et celui qui est le plus éloigné du centre de la Terre, dans ce cas on oublie l’Everest et c’est le Chimborazo, un volcan sur l’équateur, qui le dépasse d’environ 1 800 kilomètres. 

Quand on s’éloigne de notre nombril, il y a encore plein de choses surprenantes et belles qui peuvent nous tomber sur le coin de la tête. William Blake le dit plus joliment : « Si les fenêtres de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l’homme, – ainsi qu’elle l’est – infinie. ». Et Virginia Woolf d’enfoncer le clou : « Avec quelle rapidité le flot nous porte de janvier à décembre. Nous sommes entraînés par le torrent des choses, et ses choses nous sont devenues si familières que nous n’apercevons pas leur ombre. Nous flottons sur la surface du fleuve. »

Plongeons sous la surface du fleuve ! Changeons de perspectives !

Lucie Olivier
Strip : Claire Perret

Partager cet article  

Mais encore

JE TE PROMETS LA LUNE

Durant le long hiver alsacien, nous passons le plus clair de notre temps dans la nuit. Complice de ces heures…

JE TE PROMETS LA LUNE

10/01/2023 | L'édito
PIED DE NEZ

« Jour après jour, seul sur la colline, L’homme avec un sourire idiot est parfaitement immobile Mais personne ne veut…

PIED DE NEZ

23/02/2023 | L'édito
À NOS ERRANCES

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue (…) Je ne…

À NOS ERRANCES

30/07/2025 | L'édito
ET AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE

Je suis allongée dans l’herbe. Une fourmi trace sa route sur mon bras nu, indifférente au changement de terrain. Le…

ET AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE

12/05/2022 | L'édito
JE VOUS DIS MERDE !

C’est la rentrée des classes ! L’heure des cahiers, des devoirs, d’espérer que la maîtresse est gentille et que l’enfant…

JE VOUS DIS MERDE !

04/09/2024 | L'édito
QUAND NOUS  HABITIONS TOUS ENSEMBLE

Quand nous habitions tous ensemble Sur nos collines d’autrefois, Où l’eau court, où le buisson tremble, Dans la maison qui…

QUAND NOUS HABITIONS TOUS ENSEMBLE

“Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route” – Kerouac

C’est l’été, et cela fait plusieurs mois que les parents s’organisent : partir quand, où, ça coûte combien, voir qui,…

“Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route” – Kerouac

03/07/2023 | L'édito
C’EST DOUX

  Il fait beau de notre côté de l’hémisphère, sur notre belle planète ronde.   Et si les colonies sur…

C’EST DOUX

AGENT DOUBLE

La fin de l’année approche, c’est l’heure de la féerie de Noël : lumières, décorations et musiques sont là pour…

AGENT DOUBLE

28/11/2023 | L'édito
DOUCEUR DE L’OMBRE

Amie des solitudes et foyer des résistances, royaume des humbles, des oubliés, des vaincus, pays du mystère et de la…

DOUCEUR DE L’OMBRE

27/06/2022 | L'édito
Rêver l’école…

…C’est le thème choisi pour ce numéro : des livres au goûter en passant par l’usage des craies et le…

Rêver l’école…

01/09/2021 | L'édito
À QUOI TU JOUES ?

Saviez-vous que le yoyo date de la préhistoire ? C’était une arme utilisée pour assommer les petites bêtes et que…

À QUOI TU JOUES ?

06/09/2023 | L'édito
L’Édito : BLABLABLA

Pour cette rentrée scolaire 2022, où nos enfants vont retrouver leurs amis et découvrir et rencontrer de nouvelles personnes, et…

L’Édito : BLABLABLA

31/08/2022 | L'édito
À NOS CORPS AUDACIEUX

  Le fond de l’air est doux ! Avec le retour du printemps, nos corps excités trouvent n’importe quel prétexte…

À NOS CORPS AUDACIEUX

04/03/2025 | L'édito
BIEN DANS SES RACINES

Saviez-vous que les arbres communiquent entre eux grâce à leurs racines et à des champignons souterrains ? Ce réseau de…

BIEN DANS SES RACINES

08/01/2024 | L'édito
J’AI LA FLEMME

Dans L’art de la paresse, Marc Lemonier nous apprend à réussir une sieste parfaite, construire un hamac sans se fatiguer…

J’AI LA FLEMME

09/05/2023 | L'édito
J’IRAI GLANER SUR NOS FRONDES

Glaner, c’est l’activité ancestrale qui consiste, selon des lois bien encadrées, à aller ramasser ce qu’il reste dans les champs…

J’IRAI GLANER SUR NOS FRONDES

25/07/2024 | L'édito
C’EST UN MIRACLE !

À la fin de l’année dernière, chez Bibouille, on a désobéi pour mieux savoir où on était et où on…

C’EST UN MIRACLE !