Infantilités croisées
Publié le 11/03/2015 | Billet d'humeur

Sites Internet, médecins, télévisions, affichages urbains, supérieurs hiérarchiques… Ce coup-ci, le Professeur avoue qu’il n’en peut plus de voir et entendre les adultes se faire parler comme à des enfants.
Depuis quand les adultes sont-ils considérés comme des enfants auquel des forces supérieures doivent s’adresser sur un ton condescendant et paternaliste1 ? D’après le philosophe Bernard Stiegler, ce phénomène se serait amplifié suite au développement de la publicité. Celui-ci affirme même que « la télévision, progressivement, détourne les processus d’identification des enfants à leurs parents vers l’invité permanent, le troisième membre de la famille, la télévision et ses programmes, ses publicités. » Des enfants débilisés, élevés par des parents infantilisés. Quel programme2…
À l’en croire, ce phénomène aurait comme premier théoricien Edward L. Bernays, qui utilisa les recherches de son oncle (un certain Sigmund Freud) pour en tirer un mode d’emploi de la manipulation mentale par l’infantilisation3.
Les infantilisés unis
Inutile de développer les conséquences les plus néfastes des travaux de Bernays4. Il suffit d’observer notre univers quotidien. Tout le monde s’y retrouve tour à tour en position d’infériorité ou de supériorité. Les seniors avec leurs enfants devenus adultes (« t’as rien compris, moi j’ai l’expérience »), les adultes avec les seniors (vieux donc gâteux) …
Tout le monde est rabaissé : les femmes en général5, les jeunes adultes, les chômeurs et autres personnes en difficulté sociale (pire que des gamins), etc. Que penser, aussi, du ton de certains médecins, technocrates, huissiers, DRH ou autres. Qui ne s’est jamais sentis, face à l’un d’eux (ou elle), comme une petite chose faible et ignorante ? Les enfants seront bientôt les seuls auxquels on ne parlera plus comme à des enfants6.
Les autres ont bon dos
La pire des infantilisations reste tout de même celle que l’on s’inflige à soi-même. Quand on laisse d’autres nous susurrer ce qu’on doit penser, qu’on abdique notre responsabilité à saisir la complexité du monde et qu’on se complaît dans le manichéisme. Quand on confond un « like » et une action, qu’on se cherche des boucs émissaires, on se remet alors en position passive, comme un enfant, et – pire – on renonce à la notion même de citoyenneté7. Laissons aux enfants le bonheur simple d’être gouvernés par la quête du plaisir immédiat et des pulsions à assouvir. Soyons adultes !
1 – Hors cadre religieux, bien évidemment, ceci est un tout autre débat.
2 – Pour un compte rendu plus précis de la conférence : Bernard Stiegler parle du « vivre ensemble » et des dérives sociétales ainsi que la vidéo complète, consulter ce site : http://lc.cx/Rqq
3 – « L’ingénierie du consentement est l’essence même de la démocratie, la liberté de persuader et de suggérer.» La vision démocratique très personnelle de Edward L. Bernays, dans The Engineering of Consent, 1947
4 – Sachez juste qu’un certain Gœbbels a fort apprécié les recherches de Bernays au point d’en tirer les techniques et outils terrifiants que l’on sait. Sachez également que parmi les clients de Bernays, on trouvait par exemple Lucky Strike et le président des USA qu’il aida à convaincre un pays réticent d’entrer en guerre en 1917.
5 – Un livre que le Professeur n’a pas lu mais dont le titre est juste magnifique : Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique par Natacha Henry
6 – Comment ça je dramatise ? Regardez le film Idiocracy, un bon aperçu de ce qui nous attend.
7 – Être citoyen n’offre pas que des droits, cela exige de chacun un travail permanent de quête de la vérité.
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